S17 Addictologie

S17 Addictologie

S17

Addictologie

 

Michel Lejoyeux

’alcool est, avec le tabac, la substance psychoactive la plus consommée en France. Malgré d’importantes améliorations portant sur la consommation d’alcool et la prise en charge des patients, il reste, du fait de ses multiples complications, une préoccupation de santé publique majeure.

Repères épidémiologiques [S17-C1-BIB12]

En 2014, parmi les 11-75 ans, 42,8 millions de personnes ont consommé au moins une fois de l’alcool ; 8,7 millions étaient des usagers réguliers (usage régulier défini comme supérieur à trois consommations par semaine pour les adultes, dix par mois pour les adolescents).

Bien que la consommation baisse depuis les années 1960, la France reste parmi les tout premiers pays européens pour la consommation d’alcool. En 2012, la consommation totale d’alcool pur par habitant de 15 ans ou plus était de 11,8 litres (Figure S17-C1-1). Mais le mode de consommation change : baisse des consommations quotidiennes, notamment de vin aux repas, au profit de consommations intermittentes en fin de semaine et d’alcoolisations aiguës à risque ponctuel.

Épidémiologie

Le tabac est la première cause de mortalité évitable en France. Un fumeur régulier sur deux mourra d’une maladie liée au tabac s’il ne s’arrête pas de fumer durablement. En France, on estime à 73 000 le nombre de décès imputables au tabac dont 59 000 hommes et 14 000 femmes en 2004 (Tableau S17-C2-1).

Tableau S17-C2-1 Nombre de décès en fonction du sexe et de l’âge répertorié en France en 2004 [S17-C2-BIB6].

Dépendance aux opiacés

Données épidémiologiques [S17-C3-BIB8], [S17-C3-BIB4]

En 2014, dans une enquête de l’Inpes en population générale française, 1,5 % des 18-64 ans déclarent avoir expérimenté l’héroïne au moins une fois au cours de leur vie, et 0,2 % en avoir consommé dans l’année. Dans l’enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la défense (Escapad) de 2017, 0,7 % des jeunes âgés de 17 ans participant à la journée de préparation déclarent avoir expérimenté l’héroïne au moins une fois. L’expérimentation de Purple drank, associant codéinés, antihistaminiques et alcool concernait 8,5 % des adolescents de 17 ans en 2017.

Il n’y a pas d’études en France évaluant la fréquence de la dépendance à l’héroïne dans la population générale. Les études épidémiologiques anglo-saxonnes – National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions (NESARC), National Comorbidity Survey, National Survey on Drug Use and Health et Survey of Mental Health and Well Being (les deux premières aux États-Unis, la troisième en Australie) – relèvent une fréquence de la dépendance aux opiacés, selon les critères DSM-IV, de 0,1 à 0,3 % dans les 12 mois précédant l’évaluation et de 0,3 à 1,1 % sur la vie entière ; l’âge moyen du début de la consommation d’héroïne est de 18 ans.

Les cliniciens ont remarqué que certains comportements évoquaient celui des dépendants aux produits tels l’alcool, le tabac, les produits illicites, etc. [S17-C4-BIB30]. En effet, les mêmes éléments d’envahissement de la pensée, d’impulsivité, d’impossibilité de contrôle ou d’arrêt, malgré leurs conséquences négatives dans la vie quotidienne, ont été retrouvés dans les conduites vis-à-vis des jeux d’argent et de hasard, des achats, d’internet et du sport. L’ensemble de ces comportements est à l’origine source de plaisir. Le plaisir, l’intérêt et la motivation dans ces comportements peuvent être importants sans être pathologiques. L’addiction comportementale se traduit par la focalisation sur un objet d’intérêt unique, devenu un véritable besoin plus qu’un désir, et la poursuite de ce comportement malgré ses conséquences négatives sur la vie sociale, affective ou sur la santé. Le comportement devient pathologique lorsque les conséquences néfastes l’emportent sur le plaisir obtenu et lorsque, malgré cela, le sujet continue.

Ce sont les similitudes comportementales qui ont servi de point de départ à la description des addictions comportementales. En effet, un faisceau d’éléments comme les similitudes cliniques, les données épidémiologiques, l’évolution fluctuante et progressive des troubles, ainsi que certaines modalités thérapeutiques communes ont permis de rattacher ces conduites au spectre des addictions bien que cette appartenance soit débattue. En effet, cette appellation est discutée puisque, pour certains, ces conduites relèvent « d’un trouble du contrôle des impulsions » au même titre que la pyromanie, la trichotillomanie ou la kleptomanie ou du spectre des troubles obsessionnels compulsifs.